Une lettre de Richard Séguin

16 Nov 1997

St-Venant de Paquette,

On parle de construire un Gazoduc, oh! rien de bien gros, un tuyau qui transporte le gaz de Lachenaie vers le réseau américain de PNGTS. Ça ne paraîtra même pas, mais allez demander au boss de ces entreprises de faire passer leur truc dans leurs cours, ceux-là mêmes qui nous disent à coup de rapports d’experts que tout est sécuritaire... allez leur demander.

Sachant que le village d’East-Hereford est un des plus beaux villages fleuris du Québec, un représentant du projet a même eu l’arrogance de dire qu’on mettra des fleurs autour des installations... On vous donnera de l’information, pis si ça suffit pas, on vous donnera de la formation en cas d’accident.

Je me souviens qu’à l’est de Montréal, là ou je suis né, près des raffineries de pétrole, la compagnie "Esso Impérial" à l’époque avait planté quelques arbres devant les "tanks d’huile", ils avaient aussi peinturé les tuyaux de couleurs vives comme s’il s’agissait d’une garderie d’enfants, ils voulaient se faire plus écologiques de cette façon.

Le mirage du Gazoduc est là, il est là avec son argent et son avenir, mais les promoteurs du projet nous disent-ils vraiment quel genre d’avenir ils ont en têtes...

Les terres de l’avenir, mais avec les cicatrices de fin de siècle, où les mots mondialisation, progrès, plan stratégique, concertation intégrée par et pour le milieu, bilans et profits bla bla bla... vaste opération de marketing avec tout ce langage à la mode, ces spécialistes des mirages nous disent-ils vraiment quel genre d’avenir ils ont en têtes... C’est pas grave qu’on disait en Gaspésie, "du bois y’en a pour longtemps" aujourd’hui, il n’y a qu’une fine ligne de boisé le long du chemin, pour ne pas dire aux touristes tout le ravage que les montagnes ont subi.

On nous parle d’adhésion de tous les citoyens, d’insertion harmonieuse, la continuité des politiques gouvernementales en maitière d’environnement, lorsqu’on sait qu’en matière d’environnement les coupures de budget du ministère d’environnement sont passées de 357 millions à 217 millions coupure de 54% dont 52 millions de coupures liées à la protection de l’environnement.

Qu’est-ce que les compagnies vont demander demain, une fois qu’on aura dit oui à toutes leurs demandes? Le long de la frontière, on dira qu’il y a d’la place pour les déchets, un site d’enfouissement, d’la place pour les B.P.C., des tonnes de sols contaminés, vider les ressources des nappes phréatiques, privatiser. Oh j’entend déjà dire: "Faut pas tout confondre, on ne compare pas le Gazoduc avec les B.P.C. bien sûr... allez demander aux gens de La Salle ce qu’ils en pensent aujourd’hui de ces beaux projets si écologiques de Cintec, ou aux agriculteurs expropriés de Mirabel et de Pickering.

C’est bien connu isoler tout le monde pour avoir le contrôle. Leur tactuque: C’est simple, isoler les gens, les voir un à un en leurs disant: "regardez les autres ont tous dit oui, il ne reste que vous""

Des raisons de ne pas avoir ce projet dans notre région en voilà quelques unes qui sont des recommandations du BAPE:

  1. "Il n’y a pas de raison légitime d’imposer à quelqu’un le passage d’un Gazoduc sur son terrain quand le bien commun ne le commande pas"


  2. Les retombées économiques locales seraient importantes mais limitées à une période de neuf mois..."


  3. Le tracé original passant par Highwater au Vermont a été remplacé par un tracé passant par le New Hampshire: "Pourquoi le Vermont ne veut pas de Gazoduc sur son territoire?


  4. Un choix doit être rejeté quand il est incompatible avec la vocation prioritaire du territoire, EVITER LA MUNICIPALITE D’EAST HEREFORD c’est écrit en toutes lettres dans le rapport du BAPE.


  5. La municipalité d’East Hereford se caractérise par la mise en valeur de son milieu naturel montagneux à des fins touristiques et par son entreprise piscicole. Or, le projet de gazoduc passerait au coeur et au pied des montagnes déjà aménagées en sentiers et sites d’observation, il fragiliserait la sécurité et la continuité de l’approvisionnement en cau de grande qualité nécessaire à la production piscicole.


  6. Le gazoduc constitue une forme de risque à ceux qui vivent à proximité.


  7. Le passage du gazoduc produirait un impacte permanent sur la qualité de vie des gens qui résident à proximité, causé par la vue de l’emprise, la présence d’intrus facilitée par le couloir, et le sentiment d’insécurité résultant de la craint d’accidents.

Un coin de terre fait de ruisseaux près des clôtures, de sentiers de beauté, des lots défrichés de génération en génération, des terres de patience, de labeur et de travaux, des histoires de villages faites de peines et d’amour... la vie simple et vrai.

On a le devoir de s’informer de voir, de questionner, de s’impliquer et de choisir quel avenir on veut donner aux générations de demain.

Quel genre de territoires on va laisser aux enfants de demain...

Richard Séguin.


Return to Letters Index

Return to Pipeline Blues Index